Nos confrères de Surface
Magazine m'ont fait l'honneur de dresser un portrait sur l'activité de media training. Ce mensuel décalé est très bien fait et dévoile le ballon rond sous un jour différent. Je le recommande
vivement: www.surfacemagazine.fr
Ancien chef des sports de Canal +, le journaliste aux multiples casquettes Karl Olive, donne des cours de media training aux acteurs du foot. Une activité encore méconnue qui consiste à maîtriser sa communication et éviter les questions-pièges de la presse.
Il a été arbitre, footballeur à un niveau correct
au sein de la section amateur du PSG, journaliste
télé comme chef des sports de Canal+
par exemple. Et président de plusieurs clubs
de foot, amateur là aussi. Autant dire que
Karl Olive sait de quoi il parle et à qui il
s’adresse lorsqu’il décide en 2000 de créer sa
société, KO Production, pour développer une
activité encore assez méconnue : le media
training.
Un concept au nom « trendy », venu d’autres
sphères que le sport, et qui fait son apparition
depuis plusieurs années dans le milieu du foot.
Apprendre à maîtriser sa communication, à ne
pas se faire piéger par les questions des journalistes.
Ne pas trop en dire et mettre de l’ordre
dans ses idées. « A un très haut niveau, c’est
l’art et la manière de faire croire que tout est
improvisé quand tout est préparé », explique
ce quadragénaire au look impeccable et à la
formule facile.
Au départ, il travaillait pour des ministres et
des cadres de l’industrie. Pour l’Assistance
publique des Hôpitaux de Paris et le groupe
Elior au moment de la crise de la vache folle
par exemple. Aujourd’hui, ses principaux
clients s’appellent le Dijon FCO et l’ESTAC
(Troyes), deux clubs de L2 ambitieux qui ont
compris que leur croissance ne passe pas que
par de bons résultats sur la pelouse.
Le producteur le pense : « La tradition chez eux,
c’est de ne pas communiquer, c’est dommage.
L’arbitre doit prendre la main. Faute avouée
est à moitié pardonnée. Stéphane Bré, c’est un
exemple à copier. S’il se plante, il va le dire
tout de suite sur le terrain. »
Depuis trois ans, Karl Olive travaille avec le centre
de formation de Troyes. Le media training se
développe et s’enseigne presque au berceau. Et les
conséquences sont immédiatement visibles.
ERIC GERETS, LE MODÈLE
« Avant, on avait une génération d’hommes et de
personnages. Maintenant, c’est une génération
de footballeurs. » Avec un discours parfois un
peu fade, nourri de « on prend match après
match » et « l’important, c’est les trois points ».
Des formules toutes faites comme évident
mécanisme de protection. « Ces expressions
sont utiles lorsqu’on ne sait pas quoi dire. Pour
se mettre à l’aise aussi. C’est de l’échauffement.
Et puis est-ce que l’on doit s’attendre à autre
chose à la sortie d’un match ? », interroge-t-il.
Pour autant, il se défend de transformer les
joueurs en machines à donner les mêmes
réponses aux mêmes questions. « Je ne suis pas là
pour policer les joueurs. Je ne veux pas gommer
leur personnalité, il faut au contraire la mettre
en exergue. » Et de citer des exemples de vrais
personnages à l’ancienne, charismatiques, à la
verve imagée et amusante. Comme Eric Gerets
sur qui il prépare un ouvrage. « Lui, c’est la star.
Il reste lui-même et est toujours dans l’affect.
Il a des formules tout le temps. On ne peut que
l’aimer. Je ne sais pas s’il prend des cours de
media training mais c’est sûr qu’il doit se fendre
la gueule tout seul à préparer quelques mots. »
Une communication bien préparée au service
d’une personnalité riche et généreuse, c’est
ce que le media training peut donner de mieux
dans les années à venir.
LA GESTUELLE, 80% DE LA COMMUNICATION
Présidents, entraîneurs et joueurs, tous bénéficient
de la formation dispensée par Karl Olive.
Conseiller un attaquant déprimé qui rate but sur
but et un homme politique mis à mal par les
medias, la démarche est à peu de choses près
la même pour ce professeur un peu spécial.
« C’est un bien grand mot de parler de cours.
Il s’agit plutôt de donner des ficelles sur la
manière de s’exprimer en public. J’apporte des
tuyaux en fait. »
Le producteur se déplace au sein des clubs avec appareil photo,
caméra et assistant. Et la « leçon » démarre.
Prise de contact d’abord, puis travail sur la
gestuelle et l’articulation, stylo coincé entre les
dents. Et mise en situation avec une vingtaine
de scenarios tirés au sort. « Comment placer son
regard face à une caméra ? Se préparer à une
interview ? Communiquer en situation de crise ?
C’est à toutes ces questions très pratiques
que l’on essaie de répondre ensemble. » Il
ajoute : « Tu gagnes 5-0, tu perds à la dernière
minute, il y a une erreur d’arbitrage... Il n’y a pas
200 000 histoires possibles. Tout peut se préparer. »
Plus qu’un cours magistral, Karl Olive distille
des conseils précis sur les gestes - « C’est 80%
de la communication, ça se travaille. Ponctuer
ses phrases par des signes, ne pas parler trop
vite, gommer ses tics, c’est important » -, sur
le rapport aux journaux - « Il faut s’adapter au
support. Tu ne parles pas de la même manière à
Telefoot et au Monde. Le 4-4-2, ça s’explique
au deuxième, pas au premier ». Parfois, ce
sont des petits trucs tout bêtes. « Avant une
conférence de presse d’après match, je leur
conseille par exemple d’appeler une connaissance,
quelqu’un de confiance qui va leur parler
sincèrement de leur ressenti. » Un ami, son
épouse. Une personne susceptible de se faire
avocat du diable.
LES CENTRES DE FORMATION S’Y
INTÉRESSENT
Cet expert de la com se retrouve face à des gens
pour qui l’exercice n’est pas forcément une
partie de plaisir. « La personne doit se mettre à
nu et c’est moi qui la déshabille. Je suis là pour
rendre service, pas pour plaire. Comme démarche
psychologique, c’est compliqué pour eux. »
Des sportifs dont la vocation était de briller balle
au pied et pas micro sous le nez, et qui n’ap-
L’ancien chef des sports de Canal+, très proche
de la grande génération du PSG version Denisot,
a parfaitement conscience que le media-training
n’est pas infaillible. « Une fois, Faruk Hadzibegic,
l’entraîneur de Dijon, avec qui je travaille beaucoup,
s’en est pris à l’arbitre après un match. Alors
que c’est un mec très classe et respectueux de la
hiérarchie. Mais il y a des situations où l’on est à
&eur de peau. Ça arrive même aux meilleurs. »
Dans un monde où la concurrence entre les me-
dias fait rage, et où tous les faits et gestes des
footballeurs sont rapportés, décortiqués, com-
mentés, le media-training intéresse de plus en
plus. « Il commence à y avoir une petite prise
de conscience de la part des dirigeants, et une
toute petite de la part des joueurs. Le faire-savoir
prend une place aussi importante que le savoir-
faire. Et puis, il y a autre chose: être un bon
client, c’est important pour valoriser un club.
Les agents peuvent dire: ‘moi, j’ai un joueur, il
est super sur le terrain et en plus, c’est un bon
client’. Ça compte. »
Karl Olive a accepté de se prêter au jeu des questions vaches, habituellement
posées par les journalistes aux acteurs du foot dans les
situations de crise. Entre bonnes formules et conseils sur la gestuelle,
l’ancien chef des sports de Canal+ montre comment briller, souvent
feinter, en tout cas ne jamais se retrouver dans l’embarras.
VOUS VENEZ DE PERDRE VOS CINQ DERNIERS MATCHES ET VOUS
VOUS RENDEZ À LYON. MISSION IMPOSSIBLE?
Si je pars de votre principe, on ne se déplace pas. C’est à coup sûr ce que
Rodez a dû penser avant d’affronter le PSG (le club de National a éliminé
Paris en Coupe de France, ndlr).
Il ne faut pas être naïf: le sens de la formule, ça se prépare. Certains sont plus
doués que d’autres naturellement mais ça vient surtout en travaillant.
VOTRE ATTAQUANT VIENT DE RATER DEUX PENALTIES. QUE PENSEZVOUS
DE SA PRESTATION?
Il n’y a que celui qui ne tire pas qui ne rate jamais. Ce qui m’aurait vraiment
ennuyé, c’est qu’il ne prenne pas ses responsabilités. Je suis sûr que ses
coéquipiers sont derrière lui.
En appeler à l’émotionnel, ça sert souvent le message. Ça rend la communication
un peu plus forte.
TU AS ETE REMPLACE A LA MI-TEMPS. TOUT SE PASSE BIEN AVEC TON
ENTRAINEUR?
L’entraîneur est là pour aligner la meilleure équipe. Il a jugé que je n’étais
pas au niveau aujourd’hui, je le respecte. La réponse m’appartient et je
vais tout faire à l’entraînement pour le convaincre.
Il vaut toujours mieux laver son linge sale en famille. Par contre, dans cette
situation, il faut qu’il y ait rapidement une explication franche entre l’entraîneur
et son joueur en interne. Au sein du groupe, il faut parfois se donner des
gifles mais à l’extérieur, mieux vaut s’embrasser sur la bouche. »
TU ES CONVOITE PAR LE REAL MADRID. VAS-TU QUITTER TON CLUB?
Ecoutez, mieux vaut faire peur que pitié. Parler de moi dans un grand club,
ça valorise mon équipe actuelle pour qui je vais tout donner. Si mon club
brille, je brillerai aussi.
Dire « écoutez » ou répéter la question du journaliste, c’est très utile. C’est un
bon liant et une façon de se mettre à l’aise.
précient souvent pas beaucoup les échanges
avec des journalistes en quête de scoop. « Les
interviews, c’est dur pour les footballeurs.
C’est comme leur demander de retourner
à l’école. »
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