Télévision

Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 08:48

 Nos confrères de Surface Magazine m'ont fait l'honneur de dresser un portrait sur l'activité de media training. Ce mensuel décalé est très bien fait et dévoile le ballon rond sous un jour différent. Je le recommande vivement: www.surfacemagazine.fr

Ancien chef des sports de Canal +, le journaliste aux multiples casquettes Karl Olive, donne des cours de media training aux acteurs du foot. Une activité encore méconnue qui consiste à maîtriser sa communication et éviter les questions-pièges de la presse.

 

Il a été arbitre, footballeur à un niveau correct

au sein de la section amateur du PSG, journaliste

télé comme chef des sports de Canal+

par exemple. Et président de plusieurs clubs

de foot, amateur là aussi. Autant dire que

Karl Olive sait de quoi il parle et à qui il

s’adresse lorsqu’il décide en 2000 de créer sa

société, KO Production, pour développer une

activité encore assez méconnue : le media

training.


Un concept au nom « trendy », venu d’autres

sphères que le sport, et qui fait son apparition

depuis plusieurs années dans le milieu du foot.

Apprendre à maîtriser sa communication, à ne

pas se faire piéger par les questions des journalistes.

Ne pas trop en dire et mettre de l’ordre

dans ses idées. « A un très haut niveau, c’est

l’art et la manière de faire croire que tout est

improvisé quand tout est préparé », explique

ce quadragénaire au look impeccable et à la

formule facile.

Au départ, il travaillait pour des ministres et

des cadres de l’industrie. Pour l’Assistance

publique des Hôpitaux de Paris et le groupe

Elior au moment de la crise de la vache folle

par exemple. Aujourd’hui, ses principaux

clients s’appellent le Dijon FCO et l’ESTAC

(Troyes), deux clubs de L2 ambitieux qui ont

compris que leur croissance ne passe pas que

par de bons résultats sur la pelouse.

Le producteur le pense : « La tradition chez eux,

c’est de ne pas communiquer, c’est dommage.

L’arbitre doit prendre la main. Faute avouée

est à moitié pardonnée. Stéphane Bré, c’est un

exemple à copier. S’il se plante, il va le dire

tout de suite sur le terrain. »

Depuis trois ans, Karl Olive travaille avec le centre

de formation de Troyes. Le media training se

développe et s’enseigne presque au berceau. Et les

conséquences sont immédiatement visibles.

 

ERIC GERETS, LE MODÈLE

« Avant, on avait une génération d’hommes et de

personnages. Maintenant, c’est une génération

de footballeurs. » Avec un discours parfois un

peu fade, nourri de « on prend match après

match » et « l’important, c’est les trois points ».

Des formules toutes faites comme évident

mécanisme de protection. « Ces expressions

sont utiles lorsqu’on ne sait pas quoi dire. Pour

se mettre à l’aise aussi. C’est de l’échauffement.

Et puis est-ce que l’on doit s’attendre à autre

chose à la sortie d’un match ? », interroge-t-il.

Pour autant, il se défend de transformer les

joueurs en machines à donner les mêmes

réponses aux mêmes questions. « Je ne suis pas là

pour policer les joueurs. Je ne veux pas gommer

leur personnalité, il faut au contraire la mettre

en exergue. » Et de citer des exemples de vrais

personnages à l’ancienne, charismatiques, à la

verve imagée et amusante. Comme Eric Gerets

sur qui il prépare un ouvrage. « Lui, c’est la star.

Il reste lui-même et est toujours dans l’affect.

Il a des formules tout le temps. On ne peut que

l’aimer. Je ne sais pas s’il prend des cours de

media training mais c’est sûr qu’il doit se fendre

la gueule tout seul à préparer quelques mots. »

Une communication bien préparée au service

d’une personnalité riche et généreuse, c’est

ce que le media training peut donner de mieux

dans les années à venir.

 

LA GESTUELLE, 80% DE LA COMMUNICATION

Présidents, entraîneurs et joueurs, tous bénéficient

de la formation dispensée par Karl Olive.

Conseiller un attaquant déprimé qui rate but sur

but et un homme politique mis à mal par les

medias, la démarche est à peu de choses près

la même pour ce professeur un peu spécial.

« C’est un bien grand mot de parler de cours.

Il s’agit plutôt de donner des ficelles sur la

manière de s’exprimer en public. J’apporte des

tuyaux en fait. »

Le producteur se déplace au sein des clubs avec appareil photo,

caméra et assistant. Et la « leçon » démarre.

Prise de contact d’abord, puis travail sur la

gestuelle et l’articulation, stylo coincé entre les

dents. Et mise en situation avec une vingtaine

de scenarios tirés au sort. « Comment placer son

regard face à une caméra ? Se préparer à une

interview ? Communiquer en situation de crise ?

C’est à toutes ces questions très pratiques

que l’on essaie de répondre ensemble. » Il

ajoute : « Tu gagnes 5-0, tu perds à la dernière

minute, il y a une erreur d’arbitrage... Il n’y a pas

200 000 histoires possibles. Tout peut se préparer. »

Plus qu’un cours magistral, Karl Olive distille

des conseils précis sur les gestes - « C’est 80%

de la communication, ça se travaille. Ponctuer

ses phrases par des signes, ne pas parler trop

vite, gommer ses tics, c’est important » -, sur

le rapport aux journaux - « Il faut s’adapter au

support. Tu ne parles pas de la même manière à

Telefoot et au Monde. Le 4-4-2, ça s’explique

au deuxième, pas au premier ». Parfois, ce

sont des petits trucs tout bêtes. « Avant une

conférence de presse d’après match, je leur

conseille par exemple d’appeler une connaissance,

quelqu’un de confiance qui va leur parler

sincèrement de leur ressenti. » Un ami, son

épouse. Une personne susceptible de se faire

avocat du diable.

 

LES CENTRES DE FORMATION S’Y

INTÉRESSENT

Cet expert de la com se retrouve face à des gens

pour qui l’exercice n’est pas forcément une

partie de plaisir. « La personne doit se mettre à

nu et c’est moi qui la déshabille. Je suis là pour

rendre service, pas pour plaire. Comme démarche

psychologique, c’est compliqué pour eux. »

Des sportifs dont la vocation était de briller balle

au pied et pas micro sous le nez, et qui n’ap-

 

L’ancien chef des sports de Canal+, très proche

de la grande génération du PSG version Denisot,

a parfaitement conscience que le media-training

n’est pas infaillible. « Une fois, Faruk Hadzibegic,

l’entraîneur de Dijon, avec qui je travaille beaucoup,

s’en est pris à l’arbitre après un match. Alors

que c’est un mec très classe et respectueux de la

hiérarchie. Mais il y a des situations où l’on est à

&eur de peau. Ça arrive même aux meilleurs. »

Dans un monde où la concurrence entre les me-

dias fait rage, et où tous les faits et gestes des

footballeurs sont rapportés, décortiqués, com-

mentés, le media-training intéresse de plus en

plus. « Il commence à y avoir une petite prise

de conscience de la part des dirigeants, et une

toute petite de la part des joueurs. Le faire-savoir

prend une place aussi importante que le savoir-

faire. Et puis, il y a autre chose: être un bon

client, c’est important pour valoriser un club.

Les agents peuvent dire: ‘moi, j’ai un joueur, il

est super sur le terrain et en plus, c’est un bon

client’. Ça compte. »

 

 

Karl Olive a accepté de se prêter au jeu des questions vaches, habituellement

posées par les journalistes aux acteurs du foot dans les

situations de crise. Entre bonnes formules et conseils sur la gestuelle,

l’ancien chef des sports de Canal+ montre comment briller, souvent

feinter, en tout cas ne jamais se retrouver dans l’embarras.

VOUS VENEZ DE PERDRE VOS CINQ DERNIERS MATCHES ET VOUS

VOUS RENDEZ À LYON. MISSION IMPOSSIBLE?

Si je pars de votre principe, on ne se déplace pas. C’est à coup sûr ce que

Rodez a dû penser avant d’affronter le PSG (le club de National a éliminé

Paris en Coupe de France, ndlr).

Il ne faut pas être naïf: le sens de la formule, ça se prépare. Certains sont plus

doués que d’autres naturellement mais ça vient surtout en travaillant.

VOTRE ATTAQUANT VIENT DE RATER DEUX PENALTIES. QUE PENSEZVOUS

DE SA PRESTATION?

Il n’y a que celui qui ne tire pas qui ne rate jamais. Ce qui m’aurait vraiment

ennuyé, c’est qu’il ne prenne pas ses responsabilités. Je suis sûr que ses

coéquipiers sont derrière lui.

En appeler à l’émotionnel, ça sert souvent le message. Ça rend la communication

un peu plus forte.

TU AS ETE REMPLACE A LA MI-TEMPS. TOUT SE PASSE BIEN AVEC TON

ENTRAINEUR?

L’entraîneur est là pour aligner la meilleure équipe. Il a jugé que je n’étais

pas au niveau aujourd’hui, je le respecte. La réponse m’appartient et je

vais tout faire à l’entraînement pour le convaincre.

Il vaut toujours mieux laver son linge sale en famille. Par contre, dans cette

situation, il faut qu’il y ait rapidement une explication franche entre l’entraîneur

et son joueur en interne. Au sein du groupe, il faut parfois se donner des

gifles mais à l’extérieur, mieux vaut s’embrasser sur la bouche. »

TU ES CONVOITE PAR LE REAL MADRID. VAS-TU QUITTER TON CLUB?

Ecoutez, mieux vaut faire peur que pitié. Parler de moi dans un grand club,

ça valorise mon équipe actuelle pour qui je vais tout donner. Si mon club

brille, je brillerai aussi.

 

Dire « écoutez » ou répéter la question du journaliste, c’est très utile. C’est un

bon liant et une façon de se mettre à l’aise.

précient souvent pas beaucoup les échanges

avec des journalistes en quête de scoop. « Les

interviews, c’est dur pour les footballeurs.

C’est comme leur demander de retourner

à l’école. »

Par Karl OLIVE - Publié dans : Télévision
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